Bord de scène avec Nouvelles Pistes
© Gael K
Animée par Sandra Guerber
Membre du directoire de la Fédération Française des Ecoles de Cirque
Ancienne directrice de la FFEC
En présence des artistes
La Fédération Française des Ecoles de Cirque regroupe 127 écoles agrées, dont 9 centres de formation (5 sont labellisés par le Ministère de la Culture).
(Il existe environ 800 lieux de pratique des arts du cirque en France).
Il y a tout un processus pour entrer dans la fédération, il faut respecter un cahier des charges assez lourd. Ce choix est fait par rapport à un label de qualité pour que l’enseignement et la pratique des arts du cirque se fassent dans de bonnes conditions avec des critères artistiques, un volet pédagogique avec le respect des enfants (la pratique amateur concerne quasiment exclusivement les enfants) et un volet corporel.
Pouvez-vous nous parler de la formation des artistes que nous avons vu ce soir ?
Sandra Guerber : Dans les écoles préparatoires, il y a deux cursus : la préparation au concours et la préparation au métier d’artiste. Ce dernier cursus se réalise en trois ans avec la possibilité de faire une quatrième année en studio de création. Les artistes que vous avez vus ce soir sont issus du cursus métier d’artiste.
On a proposé à ces élèves un dispositif qui s’appelle Les Nouvelles Pistes.
La difficulté pour les jeunes qui sortent de formation, c’est de réussir à tourner avec leur numéro, car lorsqu’ils sortent de formation, ils ont souvent un numéro de prêt et pas un spectacle complet. Certains ont un numéro et une forme plus longue.
A la fédération on a eu envie de mettre en avant le numéro. La Fédération aide à la diffusion de ces numéros, y compris avec une aide financière.
Les jeunes ne font pas qu’une seule école. Même lorsque l’on est sorti de l’école, on continue de se former.
Dans cette sélection, nous n’avons que deux centres de formation représentés. Pour le plateau 2011, c’est beaucoup plus représentatif puisqu’il y a 4 écoles représentées. Cela amènera une autre coloration au plateau proposé.
Certains centres de formation ne proposent pas de formation d’artistes, ils ne proposent que des cursus de préparation au concours.
On voit beaucoup « d’errance » des jeunes : ils font leur cursus dans différentes écoles.
Seul le CNAC permet une reconnaissance universitaire. Ce qui peut être utile dans le cadre d’une reconversion.
Quelles sont les exigences pour rentrer dans une école de cirque ?
Sandra Guerber : Le niveau a vraiment augmenté ces dernières années. Il y a 10 ans, on rentrait au CNAC avec le niveau technique de Rosny sous Bois. La plupart des jeunes viennent soit des écoles amateurs, ou ont une pratique sportive comme la gymnastique ou l’escalade. Mais ce sont souvent des jeunes qui ont tous une pratique amateur avant d’entrer en école.
Ils arrivent tous avec un minimum de connaissance technique. Quelques fois ils ont très peu de base mais arrivent à convaincre le jury de leur capacité artistique. Cela dépend aussi s’ils veulent entrer en formation artistique ou en préparation au concours. Les sélections ne sont pas les mêmes.
Alexandre : La formation amateur a beaucoup apporté. On a commencé jeunes mais on a fait autre chose après le bac avant d’entrer à l’école. Depuis nos 13 ans on pratique en amateur, on voir un peu toutes les disciplines, on se spécialise doucement et on choisit ce que l’on veut faire.
Comment se passe votre entrée dans la vie active après l’école ?
Alexandre : Il y a plusieurs formes. On ne travaille pas tous dans la même compagnie. On ne travaille pas tous ensemble. On a plus ou moins été formé dans la même promotion.
Certains ont créé leur compagnie, seul, à deux, à plusieurs.
Certains rejoignent une compagnie ou reprennent des rôles. Comme Gwenaëlle qui a repris le rôle d’une voltigeuse. Nous on a monté notre compagnie à deux. On a une forme plus longue.
Elza : Et puis il faut manger aussi, alors on fait des auditions pour des choses qui nous plaisent plus ou moins pour avoir le statut d’intermittent.
Vendre juste un numéro c’est très compliqué. Ou alors il faut s’associer et faire comme ce soir : avoir plusieurs numéros qui se suivent.
Alexandre : Ou il faut aller dans les cabarets, ce qui marche beaucoup en Allemagne.
En France, il est difficile de vendre des numéros seuls à part dans les cirques traditionnels. C’est plus compliqué de vendre un numéro en France. Alors que cela fonctionne très bien en Allemagne. Et ça dépend aussi des disciplines.
En France, il y a beaucoup d’événementiels comme les entreprises qui ont besoin d’un numéro.
Gwenaëlle : A notre époque, à moins d’être dans une grosse compagnie qui tourne beaucoup, il faut savoir faire plusieurs choses. Par exemple, j’ai un numéro avec mon porteur de base, j’ai repris un numéro de 45 minutes sous une yourte. C’est un couple qui a fait un enfant et qui a du s’arrêter et finalement on a continué à jouer ce spectacle.
On monte un spectacle avec cinq autres personnes pour l’automne, ce sera un spectacle en salle et à partir de janvier je serai en résidence pour monter un spectacle à deux. Il faut savoir jongler avec les différents projets, penser à travailler sur le projet suivant et se renouveler.
Il y a ceux qui rentrent dans des grandes compagnies et qui tournent à fond et pour eux c’est plus cool, c’est différent.
Est-ce qu’il est plus facile de trouver du travail selon la discipline que l’on pratique ?
Odeline : Comme je suis aérienne (cerceau aérien), j’ai beaucoup de contrats qui ont été annulé. La commission de sécurité n’a pas donné le feu vert pour les accroches dans certains lieux.
Parfois il n’y a pas la hauteur nécessaire dans la salle …
Si on veut travailler sur les croisières par exemple, on va nous demander deux disciplines différentes. J’ai développé un numéro de pole dance acrobatique avec un matériel complètement autonome pour pouvoir travailler partout.
C’est vrai que dans l’événementiel il est plus facile de travailler quand on est jongleur, contorsionniste ou équilibriste parce qu’il n’y a pas de contrainte technique.
Avez-vous pour ambition professionnelle de travailler pour une grosse compagnie comme le Cirque du Soleil ou le Cirque Plume ?
Non, à titre personnel, c’est plus intéressant de travailler sur un projet personnel avec des gens qui me plaisent. Je n’ai pas envie de rejoindre des compagnies déjà existantes.
Est-ce que la FFEC aide à la création ?
Sandra Guerber : Non, le rôle est plutôt d’aider à la diffusion.
Alexandre : On a tous été aidé par des regards extérieurs quand en était en formation. On nous donne un budget et on fait venir une personne extérieure. Ce n’est pas évident de monter le projet et prendre du recul sur le spectacle. Sur la plupart des spectacles les artistes demandent un regard extérieur.
On était assez libres de demander des regards extérieurs de notre choix. Certains viennent de domaines très différents : du clown, de la danse…
Pour un numéro comme ceux de ce soir, combien de temps de répétition est-il nécessaire pour pouvoir le jouer, une fois qu’il est créé ?
Julien : Avec Gwenaëlle, avec qui je travaille peu, on a besoin d’une semaine pour répéter et pour se reconnecter artistiquement, par rapport à l’écriture du numéro.
Ca demande de se voir tous les jours pendant une semaine et de répéter chacun de son côté dans le mois précédent avec quelqu’un d’autre si nécessaire. Il faut de la régularité dans le travail.
[Les 5 centres labellisés sont l’Ecole de Lomme, l’école de la Roquette Sur Siagne, l’Ecole Arc en Cirque de Chambéry, le Lido à Toulouse, le Balthazar à Montpellier.
Ces écoles sont préparatoires au métier mais aussi aux écoles supérieures que sont Rosny à Rosny sous Bois, le CNAC de Chalons en Champagne et l’Académie Fratellini à Paris.]
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